Il rappe en blanc
novembre 13, 2007
Yo !
J’aime le smell de ma shit le matin…
Ça me dit que tout va bien avec mes intestins.
Yo !
“Estie, c’est super bon !” pense Réginald, assis sur la lunette de la toilette du sous-sol.
Réginald, Reg the Veg (prononcer “Redge the vedge” pour les amis) travaille constamment sur ses compositions. Eminem, c’est rien à côté de lui. En plus, Eminem est blanc, dommage parce que, comme dirait Reg, le “Rap-Hop” (une invention de “Redge”), c’est de la musique noir,man, c’est la rue, c’est la misère que juste les afro-canadiens peuvent connaîtrent (Yo !)
Évidemment, Réginald est blanc, il habite le rang Grenon de Ste-Anne-des-Plaines, n’a jamais été plus loin que Sainte-Thérèse et le seul afro-canadien (ou américain ou même simplement haïtien) qu’il a rencontré en personne est le camionneur qui remplaçait Bob pendant les vacances de ce derniers l’année précédente. Reg avait raconté à ses copain de classe comment Charlie (le camionneur) était “cool”, Reg aurait bien voulu savoir ce que Charlie écoutait dans la cabine de son camion (c’était “Bad Medicine” de Bon Jovi) car il trouvait que “ça déménageait” (comme disait son oncle pédophile et cultivateur). Il n’en avait entendu qu’un bref fragment avant que Charlie ne referme la porte mais il espérait toujours retrouver la toune (reg prononce : “la Tioune”, avec un vague accent imaginaire d’anglo). Reg connaissait toutes les “tiounes” des rappers à la mode mais il n’arrivait pas à retrouver ce que Charlie écoutait. Évidemment, pour Reg, ça ne faisait aucun doute que ses frères noirs n’écoutait que du Rap (les vieux negs, parfois du jazz ou du blues, concédait-il à ses amis épatés par ses connaissances sociologiques).
Reg sort de la toilette en empruntant sa démarche cool. Ce n’est parce que personne n’est présent qu’il faut se laisser aller.
“Moé, ch’t’un rap-hopper toute la journée,
Dans mes os, dans mes veines et dans mes beaux souliers”
(“Le rap-hop de Reg” , composée en 2006).
Devant la porte de la chambre qu’il partage avec Gaétan, son frère ainé, Reg, modifie sa démarche et minimise le “Rap-hoppage”.
- “Reggie, colisse, veux-tu enlever tes pantalons de clowns, on s’en va faire le train, tu vas faire virer le lait, drette dans le pis des vaches”.
Reg est incompris dans sa famille.
“Ma peau est blanche mais mon âme est celle de mon frère noir,
Yo man ! ma musique est mon passeport tu peux me croire.”
(Échecs aux faux prophêtes, composée en 2005)
À contre-coeur, il retire ses jeans (avec fourche ultra-basse) et enfile une paire de vieux corduroys. Pour Reg c’est primordial de vivre son rap-hop à fond la caisse SAUF devant son frère (et les amis de son frère, particulièrement les frères Lauzon – les deux plus vieux sont dangereux, le troisième frères Lauzon, Ti-Clin, étant un (sympathique) nain).
Il est quatre heures du matin, le fond de l’air est frais. Reg suit Gaétan. Les deux frères pataugent dans le chemin boueux qui les mènera à l’étable.
Soudain, Gaétan s’arrête et pointe un objet qui monte vers le ciel. On entend clairement un cri qui semble provenir de l’objet.
- Ben calvaire, les frères Lauzon ont terminés leurs catapulte. Ti-clin est en chemin vers le lac !
“Thiiis man, Ti-Clin c’t-un nain, qui vient de St-Lin
C’est mon bro, y’é plus fidèle que la plupart des chiens.”
(le rap à Ti-Clin, composée en 2006)
- À suivre -